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La basilique Sainte-Madeleine de Vézelay,
un chemin de lumière
(Photos © Fr. Jean-Baptiste,
ofm)
On a dit que le matériau principal de l'église de
Vézelay était la lumière. L'architecture, en
contenant l'espace, maîtrise la lumière. Mais plus
encore, elle la met au service d'un projet, elle la soumet à
la volonté de faire de ce sanctuaire comme l'archétype
de toute église de pèlerinage.
Quiconque entre dans l'église de Vézelay y expérimente
en effet un passage physique et spirituel de l'ombre à la
lumière: pour le croyant, ce n'est rien d'autre qu'une démarche
de conversion, un renouvellement de son baptême, l'essence
même de toute démarche de pèlerin. À
Vézelay, par tout son être et d'abord par son corps,
le pèlerin achève ainsi sa route - achèvement
qui donne plénitude de sens - par un ultime parcours à
travers les trois parties de l'édifice.
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La lumière de l'architecture
Par le plan de l'édifice et par son élévation,
les bâtisseurs de Vézelay ont en quelque sorte
capturé la lumière. Ils l'ont répartie
dans l'espace, dans les différents espaces de l'édifice.
D'une ampleur exceptionnelle à Vézelay, le
narthex est une sorte d'avant-nef qui sert de lieu de transition
entre le monde extérieur et le sanctuaire proprement
dit, dont il fait cependant déjà liturgiquement
partie.
Là, les bâtisseurs n'ont laissé rentrer
que fort peu de lumière: les grandes baies étroites
de la façade sont un ajout de l'époque gothique,
et seul un éclairage indirect, par les bas-côtés
et les tribunes qui les surmontent, dispense une lumière
douce et mesurée. En l'absence de soleil, on peut même
souvent évoquer la pénombre.
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Confiné dans cet espace clos, le visiteur ou le pèlerin
se tourne bien sûr vers le grand portail: lorsque celui-ci
s'ouvre, on ressent un véritable appel vers la lumière,
vers plus de lumière.
La longue nef romane éclate d'un blond chaleureux
qui joue de la diversité de ses pierres, directement
éclairées par les fenêtres hautes. Et
la massive puissance de son architecture, de ses piles et
de ses arcs rythme un authentique chemin de lumière.
Les lignes horizontales du délicat décor sculpté,
savamment limité et ordonné, participent à
cette forte dynamique qui attire irrésistiblement.
Nul ne résiste à cette mise en route, à
cette mise en marche pour l'ultime étape du pèlerinage.
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Au terme du chemin, au bout de la nef, tout change: aux
horizontales du vaisseau roman succèdent les élégantes
verticales de l'architecture gothique du chur tout de
blancheur.
Et l'on est là comme enveloppé dans un épanouissement
de la lumière. La technique gothique allège
les murs: on peut y ouvrir de très vastes fenêtres,
derrière lesquelles la lumière va rebondir de
colonne en colonne, se diffuser de chapelle en chapelle, et
caresser une pierre plus blanche, qu'avec difficulté
on est allé chercher loin, tant on désirait
créer ici, au plus saint du sanctuaire, une véritable
assomption de lumière.
Pour le croyant, en fait tout commence ici, dans la lumière
de la vie nouvelle offerte largement par l'eucharistie célébrée
sur l'autel.
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La lumière de la sculpture
La sculpture participe aussi à cette dynamique du passage
de l'ombre à la lumière, qui est à Vézelay
comme un appel à la conversion.
C'est ainsi que la lecture de plusieurs chapiteaux doit prendre
en compte, pour trouver tout son sens, la manière dont le
sculpteur a placé ses figures par rapport à la lumière.
Par exemple, dans l'histoire de saint Eustache (ou saint Hubert),
et dans le célèbre chapiteau du Moulin mystique.
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Le premier représente, d'après le récit
de la Légende dorée, la conversion du noble
chasseur. Dieu vient le chercher en plein cur de son
passe-temps favori: les bois d'un cerf s'illuminent d'une
croix de feu - une croix de lumière - tandis que le
chien tombe en arrêt et que le cheval se cabre. Scène
pleine de vie et d'action, structurée par l'axe de
la laisse du chien, axe de passage entre la zone d'ombre du
chapiteau, celle où se tient le cavalier, et la zone
sans cesse éclairée par une fenêtre latérale,
celle où apparaît le cerf. Concrètement,
la conversion est bien ici passage de l'ombre à la
lumière, d'un monde à un autre. (localiser
ce chapiteau sur le plan)
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Deux mondes aussi se rencontrent dans la scène du Moulin
mystique, scène décrite par Suger qui la fit
représenter sur un vitrail de Saint-Denis. À gauche,
le personnage versant du grain dans le moulin, c'est Moïse,
figure de l'Ancien Testament; celui de droite, c'est saint Paul,
représentant du Nouveau Testament. L'un est dans l'ombre,
l'autre dans la lumière. Mais surtout, c'est la roue
du moulin, cette forme parfaite qui lui apporte le mouvement,
qui est en pleine lumière: le sculpteur l'a légèrement
désaxée pour qu'elle soit toujours frappée
par la lumière du sud; et le moulin, ici, c'est le Christ,
lumière du monde, venu tirer la substance de la Loi ancienne
pour la renouveler dans le message des Évangiles. (localiser
ce chapiteau sur le plan) |
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La lumière de l'Église
On a dit que l'église de Vézelay, dans sa blondeur
qu'aimait et soulignait Paul Claudel, était figure
de l'Église; qu'ici plus qu'ailleurs, l'église
de pierre était l'image de l'Église universelle.
N'est-ce pas ce que saint Augustin disait de Marie-Madeleine
elle-même? On comprend mieux alors l'absence dans l'église
médiévale de Vézelay de toute représentation
de la sainte femme, puisque c'est l'édifice tout entier
qui en devient l'image, dans l'épanouissement d'une
lumière qui, chaque matin, manifeste à nouveau
la Résurrection. La Résurrection du Christ,
d'abord, événement fondateur dont le premier
témoin, privilège insigne, est, justement, Marie-Madeleine.
Et tout le discours du grand tympan, force de l'Esprit donnée
aux hommes pour les mettre en route dans leur marche vers
Dieu, par l'Église, n'est rien d'autre que l'appel
à entrer dans cette lumière, dans la gloire
et dans la paix.
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Une église cosmique
Église de lumière, la Madeleine de Vézelay
ne se contente pas de jouer de la lumière à
l'intérieur de ses murs. Temple parmi les temples,
elle s'inscrit au cur de l'univers comme pour mieux
le rassembler en elle, le résumer, le sanctifier. C'est
ce que disent les représentations de l'universalité
spatiale (les peuples du monde) et temporelle (le calendrier)
du grand tympan. Mais c'est ce que manifeste aussi l'extraordinaire
et admirable inscription de l'édifice dans le cycle
cosmique du soleil.
Lorsque les moines bâtisseurs en conçurent la
disposition et l'élévation, ils parvinrent à
placer les ouvertures de telle manière que la lumière
qui y passe s'inscrive en taches régulières
sur les murs et le sol de la nef. Ainsi le chemin de lumière
de la nef est-il magnifiquement inscrit au sol, dans l'axe
central, par neuf taches de lumières parfaitement alignées
à l'heure du midi solaire, au solstice d'été
(21 juin); le 21 décembre, au solstice d'hiver, ce
sont les chapiteaux supérieurs du mur nord de la nef
que la lumière solaire de midi vient frapper, avec
une régularité parfaite.
Lumière cosmique, lumière universelle, lumière
de vie et de foi, lumière qui se fait prière
et transcende la beauté; émouvante et si riche
lumière de Vézelay.
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" Mais qu'est cette froide image,
que sont ces débris sacrés par la sainte abandonnés
ici avec la poussière de ses sandales, quand nous n'aurons
eu qu'à pousser cette lourde porte pour nous trouver au milieu
même et à l'intérieur de la Madeleine, pour
nous pénétrer autour de nous de cette âme lumineuse
et respirable, de cette couleur blonde? [...]
" Le Maître est là, et il t'appelle. Partout où
est le Maître, comment la servante cesserait-elle d'être
présente? J'en crois cette faible teinte rose qui se manifeste
çà et là, comme la couleur d'une joue animée
par la surprise et par l'amour. Aux douves recourbées pareilles
aux couples d'un vaisseau, au membrage d'une forte châsse,
qui soutiennent l'allée centrale, succède - et quelle
blancheur éblouissante! - le chur vertical dans les
plis de son aube gothique. Nulle couleur que cette émanation
d'une myrrhe spirituelle dans le silence intense de la lumière.
Et moi, je me tiens debout, et je regarde, et je prie au milieu
de cet être blond! "
Paul Claudel, 1948
(Texte de Patrice Milleron)
L'architecture
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